Théo Bourgouin : forgeron dans le Perche

Théo Bourgouin, 22 ans, installé à Réveillon dans le bassin de Mortagne-au-Perche, est artisan forgeron.

Ce jeune homme, fils d’un artisan maçon, a passé toute son enfance dans le petit village de Réveillon. Après ses années de collège à Mortagne-au-Perche, il se dirige vers la maçonnerie.  Evidemment. A 14 ans on marche volontiers dans les traces du père. A cela près que Théo choisit le BAC Professionnel Intervention sur le  Patrimoine Bâti (IPB) car, à peine sorti de l’enfance, ce garçon aime identifier le patrimoine architectural et en apprécie la beauté. Lui, son truc, c’est la pierre, la chaux, la terre, l’argile, toutes ces matières liées au naturel et au bâti ancien.

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« J’ai toujours trouvé fascinant de pouvoir modeler une matière dure, pouvoir la ramollir, la travailler jusqu’à ce qu’elle puisse devenir liquide »

Il devient interne au lycée professionnel Pierre Coton de Néronde dans la Loire et trouve une famille d’accueil pour passer les week-ends sur les contreforts du Forez. Ce sont ces éleveurs et producteurs de fromages qui vont lui transmettre les valeurs du travail, le respect de la terre et des animaux. C’est auprès de cette « seconde famille », comme il lui plait de rappeler, qu’il va se construire.

Il revient dans le Perche âgé de 17 ans, diplôme en poche, et travaille dans l’entreprise familiale. Mais dès qu’il a un moment, le gamin file chez son grand-père et passe des heures à fouiner dans l’atelier derrière la maison. Il y découvre une ancienne forge, s’amuse à la remettre en état afin de pouvoir l’allumer. Par curiosité, il prend un bout de fer et commence à taper dessus avec un marteau laissé là.

Au premier coup sur l’enclume, Vulcain a tourné la tête. Il a repéré l’enfant. De l’étincelle, le feu a jaillit et Théo passe désormais tous son temps libre à la forge. Il cherche des astuces, s’entraîne à fabriquer des couteaux. Parfois, il se défoule en frappant. Jusqu’au jour où aller plus loin devient une évidence. Il lui faut trouver un maître.


« Un bon forgeron doit toujours être en quête de perfection avec le souci du geste imparfait »

C’est au culot qu’il se présente chez Roland Fornari au SAP pour faire un essai. Il y passera dix-huit mois. Chez Roland, la forge est allumée tous les jours et il y a matière à apprendre. Le maître est intransigeant et avare de compliment. L’apprentissage est douloureux et nécessite une excellente condition physique et un mental affirmé. Cela tombe bien, Théo possède les deux.
Tel un guide, Roland va lui apprendre l’auto observation, l’acceptation de l’erreur et les leçons de l’enseignement. Refaire inlassablement tout en gardant en tête la beauté de l’imperfection.

Mais la pratique est la seule théorie qui profite. C’est au contact de John, ouvrier depuis neuf ans à l’atelier, que Théo va largement apprendre. L’apprenti est frappeur, l’ouvrier tient les outils. Un geste malheureux et la blessure peut être terrible. La confiance entre le frappeur et le forgeron doit être absolue, la complicité totale. A chaque coup de marteau, Théo observe et apprend le placement des outils, la technique du forgeron. Le tandem fonctionne bien.


« Le choix était simple : soit trouver un patron et quitter le Perche, soit m’installer ici à Réveillon. J’ai choisi de rester. »

La période d’apprentissage arrivant à son terme, Théo se renseigne pour diplômer sa formation. Il se rend rapidement compte qu’il est hors-système et que, dans ce métier, seule l’expérience compte. Il est désormais forgeron et veut vivre de ce métier-passion. Deux choix d’imposent à lui : soit travailler en tant que salarié, trouver un patron et partir loin du Perche, soit s’installer à son compte.

Il a déjà l’atelier, la forge, les outils, le soutien de sa famille et de ses amis. La décision est prise, il choisit de rester et investit dans l’achat de matériel pour pouvoir commencer à produire. Par un heureux concours de circonstance, son fournisseur de fer décide d’arrêter la fabrication et lui transmet sa clientèle. Les premières commandes tombent avant même la création de l’entreprise en novembre dernier, le jour de son anniversaire. Il a 21 ans.

Depuis, son carnet de commande ne cesse de s’étoffer. Le bouche à oreille fonctionne bien. Sa clientèle, particuliers, artisans menuisiers ou tailleurs de pierre, lui fait confiance. De son côté, Théo participe à des événements, des démonstrations et est même devenu formateur de stages d’initiation à la forge à l’ancienne abbaye de la COUR PETRAL située à Boissy-lès-Perche.

Son ambition est de s’agrandir, continuer la quincaillerie d’art et la ferronnerie, créer une ligne de mobilier de jardin et d’intérieur, pouvoir trouver quelqu’un avec qui travailler « ensemble » et pas seulement « avec » et, plus tard, transmettre en créant une école de forge ici, dans le Perche.

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